BREF APERÇU HISTORIQUE DE LA FRANC-MAÇONNERIE

Bref aperçu historique de la maçonnerie mondiale

La Franc-Maçonnerie se contente aujourd’hui de travaux philosophiques et philanthropiques mais vient directement d’une fraternité de tailleurs de pierres et d’architectes dont les ramifications s’étendaient au Moyen-Âge dans toute l’Europe Occidentale.

En se transmettant les secrets de leur art, ces constructeurs pratiquaient d’anciens rites dont les origines sont difficiles à établir avec certitude. Mais on peut cependant affirmer, que les Maçons ont formé depuis l’antiquité des corporations de métiers.

Afin d’apprendre le métier, les Maçons voyageaient de ville en ville et purent se libérer de l’autorité des Bourgmestres et des autorités ecclésiastiques. Ils formeront ainsi les “métiers francs”, en s’affranchissant des taxes et impôts.

L’influence de ces “Francs-Maçons”, fut très importante pendant les XIIº et XIIIº siècles. Elle diminua à partir du XIVº siècle en France, mais subsista plus tard en Angleterre.

Le passage à la Maçonnerie spéculative s’est produit par étapes à mesure que les grandes œuvres de construction de cathédrales diminuaient. Des Loges de Maçons Opératifs intégreront des “Maçons Acceptés” afin qu’ils participent aux discussions.

Les fondements de la Franc-Maçonnerie moderne se situent vers 1600 en Écosse où se réunissent des Loges de Tailleurs de pierre.

En 1693, la garde écossaise de Jacques II Stuart, monarque exilé en France, installe près de Paris la première loge de Maçons acceptés du continent européen.
Dès lors, les Loges dites “écossaises” s’étendent sur tout le royaume de France et donnent graduellement naissance tout au long du XVIIIe siècle, au rite écossais (qui, de façon paradoxale, a toujours été inconnu en Ecosse).

En 1717, quatre Loges londoniennes s’unissent pour former la première Obédience spéculative appelée Grande Loge d’Angleterre.

En 1723, le Pasteur Anderson rédige un document énumérant les principes de cette Maçonnerie spéculative. De nombreuses réformes interviendront plus tard afin de modifier les conditions d’adhésion.

Aujourd’hui encore, quelques Obédiences d’influence anglaise continuent d’appliquer à la lettre ces Constitutions d’Anderson, cependant de nombreuses autres considèrent que le poids historique ne peut empêcher la Maçonnerie de s’actualiser pour répondre aux problèmes et aux questions de la société actuelle.

En 1773, le Grand Orient de France est constitué comme fédération de 400 loges du royaume.

En 1789 débute la Révolution Française avec la convocation des Etats Généraux; 477 des 655 députés sont Maçons. Ceux-ci auront une influence déterminante dans la construction intellectuelle des fondations de la République avec l’incorporation des trois principes démocratique de Liberté, Egalité, Fraternité (matérialisés entre autres, dans la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen).

Cependant, pendant la période de la Terreur jacobine, le Grand Orient de France se voit obligé de suspendre ses activités (1793).

En 1801, à Charleston (Caroline du Sud) se tient la constitution du Suprême Conseil des Etats-Unis d’Amérique qui est traditionnellement considéré comme l’établissement définitif du Rite Ecossais Ancien Accepté et de son système basé sur les 33 degrés.

En 1804, le Suprême Conseil de France est créé à Paris, suivi rapidement de la création des Suprêmes Conseils du Rite Ecossais Ancien Accepté des autres pays d’Europe et d’Amérique.

Tout au long du XIXº siècle, en effet, la Franc-Maçonnerie s’étendra sur le monde augmentant ainsi l’influence de nos Frères dans le monde profane.

Ce sont bien entendu nos Frères qui contribueront à l’adoption des lois sociales, des systèmes de sécurité sociale, des congés payés, de la semaine de 40 heures, de l’interdiction du travail des enfants, de l’école laïque obligatoire...


La Maçonnerie catalane

Bien que la première organisation maçonnique des Pays Catalans « els Amics de la Humanitat » (les Amis de l’Humanité) se soit créée à Menorque au milieu du XVIIème siècle, la Franc-Maçonnerie ne s’est implantée avec force qu’au début du XIX. Elle contribuera dès lors à la révolution démocratique et patriotique. Les grands noms des intellectuels, des hommes politiques de gauche, des syndicalistes ouvriers furent Francs-Maçons. C’est pourquoi, il n’est pas étrange que la première organisation maçonnique nationale qui se soit constituée dans la Principauté de Catalogne réaffirme les idéaux et les objectifs patriotiques qui animaient le mouvement républicain fédéral catalan.

En effet, le 23 août 1886, a lieu, à Barcelone, la Grande Assemblée Constituante de la Grande Loge Symbolique Régionale Catalogne-Baléares, présidée par le Sérénissime Grand Maître Rossend Arús i Arderiu, écrivain et fondateur de la bibliothèque qui porte son nom et qui est spécialisée dans les thèmes philosophiques, sociaux et maçonniques. Le titre premier de la Constitution approuvé par cette Assemblée traite « de la Franc-Maçonnerie et de ses principes » et réserve un chapitre aux « principes généraux de la Franc-Maçonnerie » et un autre aux « particularités de la Grande Loge Régionale Catalane ».

Dans les principes généraux maçonniques proclamés par la première Assemblée Constituante de la Franc-Maçonnerie catalane, sont cités un par un, tous les droits humains et démocratiques à la vie, à la dignité personnelle, à la libre expression et diffusion de la pensée, à la libre expression de conscience et de culte, à la liberté de l’enseignement, à l’instruction gratuite, à la liberté du travail, du choix du domicile, à l’inviolabilité de celui-ci, à l’inviolabilité de la correspondance et de toute autre forme de communication, à la propriété, à la liberté de réunion, d’association et de manifestations pacifiques, à la participation du peuple au gouvernement au moyen du suffrage universel, à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, etc. Sont proclamés également comme principes généraux, l’abolition des titres de noblesse, l’abolition de la peine de mort et de la prison à perpétuité. Pour terminer, est également proclamé le droit de toute entité physique et morale, municipalité, région, nation, … à se diriger par elle-même en ce qui concerne sa vie interne, et ceci, grâce à des lois qui lui sont propres et grâce à son union fédérative, libre et spontanée jusqu’à ce qu’elle parvienne à former un grand ensemble intercontinental, c’est-à-dire, à s’étendre mondialement.

Les principes particuliers qui ont inspiré la Grande Loge Catalogne-Baléares « respectant les lois du pays et animés par la plus grande tolérance » sont de « parvenir à ce que la Catalogne forme un Etat souverain et autonome, sans autres limitations que celles qui résultent du contrat qu’il a souscrit et qui l’unit aux autres régions de la péninsule ibérique » ; d’ « établir, en Catalogne, des institutions qui garantissent l’inviolabilité des droits de l’homme dans toutes ses acceptions exprimées dans le titre premier » ; de « travailler à l’avènement des propres pouvoirs de la Catalogne, tous élus, amovibles, responsables et séparés les uns des autres » ; de « promouvoir et aider tout ce qui peut contribuer à la proclamation et à l’enracinement de l’expression de l’autonomie catalane », et contribuer à ce que dans les autres pays hispaniques se constituent des Grandes Loges qui « proclament, soutiennent et défendent » les mêmes principes.

Cette déclaration est évidemment le reflet dans le monde maçonnique, des idéaux patriotiques de la génération progressiste de ceux qui ont dirigé la Révolution de 1868-1873. Idéaux qui, une fois réorganisés dans le parti républicain fédéral de 1881, sont restés codifiés dans le Projet de Constitution de l’Etat Catalan de 1883. Il s’agit d’un texte capital dans l’histoire de la pensée politique de la « Renaissance » qui résume soixante-dix ans de lutte des Catalans pour la démocratie, le progrès social et la liberté nationale.

La Grande Loge Symbolique de Catalogne-Baléares fut reconnue Obédience souveraine par le Grand Orient d’Espagne par un Traité-accord de mutuelle reconnaissance et amitié signé le 17 juillet 1887. En effet, par ce Traité « le Grand Orient National d’Espagne, Suprême Conseil pour la Maçonnerie écossaise de la nation espagnole et de ses possessions, reconnaît la Grande Loge Symbolique Régionale de Catalogne-Baléares comme la seule et unique autorité souveraine légitime de la Maçonnerie symbolique dans les limites juridictionnelles comprenant les provinces de Barcelone, Tarragone, Lleída, Girone et les îles Baléares ». Par ailleurs ce traité réaffirme la promesse des Obédiences de s’échanger des représentants garants de l’amitié. Ainsi donc, en 1887, la Franc-Maçonnerie catalane est pleinement reconnue comme membre de la famille maçonnique universelle sur le territoire de la Principauté de Catalogne et des îles Baléares, et avec elle, sont reconnus également les principes particuliers sur lesquels, en dehors des principes universels, elle doit se fonder.

La Grande Loge Symbolique de Catalogne-Baléares a participé directement ou indirectement au mouvement libre penseur, féministe et républicain de la Principauté de Catalogne pendant près de cinquante ans. Cependant, sa vie reste fortement conditionnée par ses relations conflictuelles avec le Grand Orient Espagnol, en particulier lors du Congrès de Genève de 1902 qui décida la création du Bureau International des Relations Maçonniques, institution qu’utilisera le Grand Orient d’Espagne pour isoler internationalement la Grande Loge Symbolique de Catalogne et Baléares. En 1914, ces deux puissances signent de nouveau un pacte de mutuelle reconnaissance qui fut continuellement rompu par le Grand Orient d’Espagne jusqu’en 1923, année pendant laquelle la Grande Loge de Catalogne-Baléares décide d’étendre sa juridiction à tout le territoire espagnol en changeant bien entendu de nom pour prendre celui de Grande Loge Espagnole. En 1929, la Loge Themis est créée sous les auspices de la Grande Loge d’Espagne avec l’objectif d’être l’embryon d’une nouvelle Obédience indépendante de la Maçonnerie catalane. Ce projet culmina avec la constitution du Grand Orient Indépendant Catalan en 1936, qui sera rapidement englouti par les remous fascistes et la guerre.

La défaite nationale et l’occupation militaire de 1939 atteignent également de plein fouet la Franc-Maçonnerie qui fut déclarée ennemie numéro un du nouveau régime fasciste espagnol. Les Frères furent implacablement persécutés et ceux qui ne purent parvenir à se cacher ou à s’exiler, furent condamner à mort lors de procès sommaires organisés par le régime. Lors de ces simulacres judiciaires, les accusations de « Maçon » se mélangent aux accusations de « rouge » et de « séparatiste ». Une fois de plus, en Catalogne, les idéaux maçonniques, ceux du progrès social et de la liberté nationale seront unis face aux sentences de leurs bourreaux. Dans ces circonstances, aucune organisation maçonnique ne pouvait survivre et l’abattage des colonnes s’avéra nécessaire jusqu’à la dernière. Pendant plus de quarante ans, la Maçonnerie cessera donc d’exister sur le territoire catalan.

En 1975, le dictateur Franco meurt et débute la dissolution du régime fasciste espagnol. En 1976, la Loge Catalunya est constitutée à Barcelone. Date importante s’il en est, puisqu’elle fut la première loge à renaître après l’occupation et la perte des libertés. Postérieurement, cette loge changera son nom pour celui de «Perseverança » et est actuellement fédérée au Grand Orient de Catalogne, première puissance symbolique d’obédience strictement catalane dont la constitution remonte à l’année 1989.

En 1997, le Suprême Conseil du 33º degré de Catalogne (Grand Conseil du Rite Ecossais Ancien Accepté) est constitué et en 2000, le Suprême Conseil et le Grand Orient de Catalogne signent un traité de reconnaissance mutuelle et un pacte constitutionnel grâce auquel la Franc-Maçonnerie de rite écossais s’implante solidement.