DOCUMENTS MAÇONNIQUES HISTORIQUES

 

Le Manuscript «Régius»: Un poème de Devoirs Moraux

Il s’agit d’un poème maçonnique, ou Manuscrit Royal (Regius), également appelé Manuscrit Halliwell (nom du premier éditeur qui le publia vers 1390) dans lequel il est fait mention de la présence des femmes en Franc-Maçonnerie.
C’est le plus ancien document maçonnique dont nous disposons aujourd’hui. Publié à nouveau en 1840 dans “The early History of freemasonry in England” il est mentionné en 1670 dans l’inventaire de la bibliothèque de John Theyer. Celle-ci fut vendue à Robert Scott en 1678 (nouvel inventaire dans lequel figure le manuscrit). Par la suite le Manuscrit appartient à la bibliothèque royale jusqu’en 1757, date à laquelle le roi George II en fait don au Musée Britannique oú il est conservé encore aujourd’hui.
Le Manuscrit fut postérieurement publié entre autres, par D. Knoop, G. P. Jones y D. Hamer, The Regius MS (B. M. Bibb. Reg. 17-771), Manchester, 1938, avec le manuscrit Cooke, de la primière décade du XVº siècle et réédité en 1963 (University Press, Manchester).

Ici commencent les statuts de l'art de Géométrie selon Euclide.

Quiconque voudra bien lire et chercher
Pourra trouver écrite dans un vieux livre
L'histoire de grands seigneurs et grandes dames,
Qui, certes, avaient beaucoup d'enfants;
Et n'avaient pas de revenu pour en prendre soin,
Ni en ville, ni à la campagne ou dans les bois;
Tinrent ensemble conseil pour eux,
De décider pour le bien de ces enfants,
Comment ils pourraient mieux mener leur vie
Sans grand inconfort, ni souci ni lutte;
Et encore pour la multitude qui viendra
De leurs enfants ils envoyèrent chercher de grands clercs,
Pour leur enseigner alors de bons métiers;
Et nous les prions, pour l'amour de notre Seigneur,
Pour nos enfants de trouver un travail,
Pour qu'ils puisent ainsi gagner leur vie,
Tant bien qu'honnêtement en toute sécurité.
En ce temps-là, par la bonne géométrie,
Cet honnête métier qu'est la bonne Maçonnerie
Fut constitué et créée ainsi,
Conçue par ces clercs ensemble;
Sur la prière de ces seigneurs ils inventèrent
la géométrie,
Et lui donnèrent le nom de Maçonnerie,
A ce plus honnête de tous les métiers.
Les enfants de ces seigneurs se mirent,
A apprendre de lui le métier de géométrie,
Ce qu'il fit très soigneusement;
A la prière des pères et des mères aussi,
Il les mit à cet honnête métier.
Celui qui apprenait le mieux, et était honnête,
Et surpassait ses Compagnons en attention,
Si dans ce métier il les dépassait,
Il devait être plus honoré que le dernier,
Le nom de ce grand clerc était Euclide,
Son nom se répandait fort loin.
Pourtant ce grand clerc ordonna
A celui qui était plus élevé dans ce degré,
Qu'il devait enseigner les plus simples d'esprit.
Afin d’être parfait et dans cet honnête métier ;
Et ainsi ils devaient s’enseigner mutuellement
Et s’aimer ensemble comme frère et soeur
Il ordonna encore que,
Maître il doit être appelé;
Afin qu'il soit le plus honoré,
Alors il devait être nommé ainsi;
Mais jamais Maçons ne doivent en appeler un autre,
Au sein du métier parmi eux tous,
Ni sujet, ni serviteur, mon cher frère,
Même s'il est moins parfait qu'un autre;
Chacun appellera les autres Compagnons par amitié,
Car ils sont nés de nobles dames.
De cette manière, par la bonne science de géométrie,
Commença le métier de la Maçonnerie;
Le clerc Euclide le fonda ainsi,
Ce métier de géométrie au pays d'Egypte.
En Egypte il l'enseigna tout autour,
Dans divers pays de tous côtés;
Pendant de nombreuses années, je crois,
Avant que ce métier n’arrive dans ce pays.
Ce métier arriva en Angleterre, comme je vous dis,
Au temps du bon Roi Athelstane,
Il fit construire alors tant manoir que même bosquet,
Et de hauts temples de grand renom,
Pour s'y divertir le jour comme la nuit,
Et pour honorer son Dieu de toutes ses forces.
Ce bon seigneur aimait beaucoup ce métier,
Et voulut le consolider de toutes ses parties,
A cause de divers défauts qu'il trouva dans le métier;
Il envoya à travers le pays
Dire à tous les Maçons du métier,
De venir vers lui sans délai,
Pour amender ces défauts tous
Par bon conseil, autant que possible.
Une assemblée alors il réunit
De divers seigneurs en leur rang,
Des ducs, comtes, et barons aussi,
Des chevaliers, écuyers et maintes autres,
Et les grands bourgeois de cette cité,
Ils étaient tous là chacun à son rang;
Ils étaient là tous ensemble,
Pour établir le statut de ces Maçons,
Ils y cherchaient de tout leur esprit,
Comment ils pourraient le gouverner;
Quinze articles ils voulaient produire,
Et quinze points ils y ont créés,


Ici commence l'article premier.

Le premier article de cette géométrie;
Le Maître Maçon doit être digne de confiance
A la fois constant, loyal et vrai,
Il ne l'aura alors jamais à regretter;
Tu dois payer tes Compagnons selon le cours,
Des victuailles, tu le sais bien;
Et paie les justement, et de bonne foi,
Ce qu'ils peuvent mériter;
Et pour leur emploi n'en prends pas plus,
Que ce qu'ils peuvent en fournir;
Et évite soit par amour soit par crainte,
D'aucune des parties d'accepter des avantages;
Du seigneur ni du Compagnon, qui que ce soit,
D'eux tu ne prends aucune sorte de paiement;
Et en juge tiens toi intègre,
Et alors aux deux tu rendras leur bon droit;
Et véritablement fais ceci où que tu ailles,
Ton honneur, ton profit, sera le meilleur.

Article second.
Le second article de bonne Maçonnerie,
Comme vous devez ici l'entendre particulièrement,
Que tout Maître, qui est Maçon,
Doit assister au rassemblement général,
Pour que précisément il lui soit dit
Le lieu où l'assemblée se tiendra.
Et à cette assemblée il doit se rendre,
Sauf s'il a une excuse raisonnable,
Ou qu'il soit désobéissant à ce métier
Ou s'abandonne au mensonge,
Ou qu'il soit atteint d'une maladie si grave,
Qu'il ne puisse venir parmi eux;
Cela est une excuse bonne et valable,
Pour cette assemblée, si elle est sincère.

Article troisième.
Le troisième article est en vérité,
Que le Maître ne prenne aucun Apprentis,
Sauf s'il peut lui assurer de le loger
sept ans chez lui, comme je vous dis,
Pour apprendre son métier, qui soit profitable;
En moins de temps il ne sera pas apte
Au profit du seigneur, ni le sien
Comme vous pouvez le comprendre par bonne raison.

Article quatrième.
Le quatrième article ceci doit être,
Que le Maître doit bien veiller,
A ne pas prendre un serf comme apprentis,
Ni l'embaucher pour son propre profit,
Car le seigneur auquel il est lié,
Peut chercher l’Apprentis où qu'il aille.
Si dans la loge il était pris,
Cela pourrait y faire beaucoup de désordre,
Et un pareil cas pourrait arriver,
Que cela pourrait chagriner certains, ou tous.
Car tous les Maçons qui y seront
Ensemble se tiendront réunis.
Si un tel dans le métier demeurait,
De diverses désordres vous pourrez parler;
Alors pour plus de paix, et honnêteté,
Prenez un Apprenti de meilleure condition.
Dans d'ancien écriture je trouve,
Que l’Apprentis doit être de naissance noble;
Et ainsi parfois, des fils de grands seigneurs
Ont adopté cette géométrie qui est très bonne.

Article cinquième.
Le cinquième article est très bon,
Que l’Ap'prentis soit de naissance légitime;
Le Maître ne doit, sous aucun prétexte,
Prendre un Apprentis qui soit difforme;
Cela signifie, comme vous le verrez
Qu'il ait tous ses membres entiers ensemble;
Pour le métier cela serait grande honte,
De former un homme estropié ou un boiteux,
Car un homme imparfait de telle naissance
Ne serait que peu utile au métier.
Ainsi chacun de vous peut comprendre,
Le métier veut un homme puissant;
Un homme mutilé n'a pas de force,
Vous devez le savoir depuis longtemps.

Article sixième.
Le sixième article vous ne devez pas manquer
Que le Maître ne doit pas porter préjudice au seigneur,
En prenant au seigneur pour son Apprenti,
Autant que reçoivent ses Compagnons, en tout,
Car dans ce métier ils se sont perfectionnés,
Ce que lui n'est pas, vous devez le comprendre.
Ainsi il serait contraire à bonne raison,
De prendre pour lui égal salaire à celui des Compagnons.
Ce même article dans ce cas,
Ordonne que son Apprenti gagne moins
Que ses Compagnons, qui sont parfaits.
Sur divers points, sachez en revanche,
Que le Maître peut instruire son Apprentis tel,
Que son salaire puisse augmenter rapidement,
Et avant que son apprentissage soit terminé,
Son salaire pourrait s'améliorer de beaucoup.

Article septième.
Le septième article que maintenant voici,
Vous dira pleinement à tous ensemble,
Qu'aucun Maître ni par faveur ni par crainte,
Ne doit vêtir ni nourrir aucun voleur.
Des voleurs il n'en hébergera jamais aucun,
Ni celui qui a tué un homme,
Ni celui qui a mauvaise réputation,
De crainte que cela fasse honte au métier.

Article huitième.
Le huitième article vous montre ainsi,
Ce que le Maître a bien le droit de faire.
S'il emploie un homme du métier,
Et qu'il ne soit pas aussi parfait qu'il devrait,
Il peut le remplacer sans délai,
Et prendre à sa place un homme plus parfait.
Un tel homme, par imprudence,
Pourrait faire déshonneur au métier.

Article neuvième.
Le neuvième article montre fort bien,
Que le Maître doit être sage et fort;
Qu'il n'entreprenne aucun ouvrage,
Qu'il ne puisse achever et réaliser;
Et que ce soit aussi au profit des seigneurs,
Ainsi qu'à son métier, où qu'il aille,
Et que les fondations soient bien construites,
Pour qu'il n’y ait ni fêlure ni brèche.

Article dixième.
Le dixième article sert à savoir,
Parmi tous dans le métier, grands ou modestes,
Qu'aucun Maître ne doit supplanter un autre,
Mais être ensemble comme sœur et frère,
Dans ce singulier métier, tous quels qu'ils soient,
Qui travaillent sous un Maître Maçon.
Ni doit lui supplanter aucun homme,
Qui s'est chargé d'un travail,
La peine pour cela est tellement forte,
Qu'elle ne pèse pas moins de dix livres,
A moins qu'il soit prouvé coupable,
Celui qui avait d'abord pris le travail en main;
Car nul homme en Maçonnerie
Ne doit supplanter un autre impunément,
Sauf s'il a construit de telle façon,
Que cela réduit l'ouvrage à néant;
Alors un Maçon peut solliciter ce travail,
Pour le sauver au profit des seigneurs
Dans un tel cas, si cela arrivait,
Aucun Maçon ne s'y opposera.
En vérité celui qui a commencé les fondations,
S'il est un Maçon habile et solide,
A fermement dans l'esprit,
De mener l'œuvre à entière bonne fin.

Article onzième.
L'onzième article je te le dis,
est à la fois juste et franc;
Car il enseigne, avec force,
Qu'aucun Maçon ne doit travailler de nuit,
A moins de s'exercer à l'étude,
Par laquelle il pourra s'améliorer

Article douzième.
Le douzième article est de grande honnêteté
Pour tout Maçon, où qu'il se trouve,
Il ne doit pas déprécier le travail de ses Compagnons,
S'il veut sauvegarder son honneur;
Avec des paroles honnêtes il l'approuvera,
Grâce à l'esprit que Dieu t'a donné;
Mais en l'améliorant de tout ton pouvoir,
Entre vous deux sans hésitation.

Article treizième.
Le treizième article, que Dieu me garde,
C'est que si le Maître a un Apprenti,
Il l'enseignera de manière complète,
Pour qu'il connaisse bien le métier,
Où qu'il aille sous le soleil.

Article quatorzième.
Le quatorzième article par bonne raison,
Montre au Maître comment agir;
Il ne doit prendre Apprentis,
A moins d'avoir diverses tâches à faire,
Pour qu'il puisse pendant son stage,
Apprendre de lui divers points.

Article quinzième.
Le quinzième article est le dernier,
Car pour le Maître il est un ami;
Pour lui enseigner qu'envers aucun homme,
Il ne doit adopter un comportement faux,
Ni suivre ses Compagnons dans leur erreur,
Quelque bien qu'il puisse y gagner;
Ni souffrir qu'ils fassent de faux serments,
Par souci de leurs âmes,
Sous peine d'attirer sur le métier la honte,
Et sur lui-même un blâme sévère.

Divers statuts.
Dans cette assemblée des points furent adoptés en plus,
Par de grands seigneurs et Maîtres aussi.
Que celui qui voudrait connaître ce métier
et l'embrasser,
Doit bien aimer Dieu et la sainte église toujours,
Et son Maître aussi avec qui il est,
Où qu'il aille par champs ou par bois,
Et aimes aussi tes Compagnons,
Car c'est ce que ton métier veut que tu fasses.

Second point.
Le second point je vous le dis,
Que le Maçon travaille les jours ouvrables,
Aussi consciencieusement qu'il le pourra,
Afin de mériter son salaire pour le jour de repos,
Car celui qui a vraiment fait son travail,
Méritera bien d'avoir sa récompense.

Troisième point.
Le troisième point doit être sévère,
Avec l’Apprenti, sachez le bien,
Le conseil de son Maître il doit garder et cacher,
Et de ses Compagnons de bon gré;
Des secrets de la chambre il ne parlera à nul homme,
Ni de la loge quoi qu'ils y fassent;
Quoi que tu entendes ou les vois faire,
Ne le dis à personne où que tu ailles;
Les propos dans la salle, et même au bosquet,
Garde- les bien pour ton grand honneur,
Sans quoi cela tournera pour toi au blâme,
Et apportera au métier grande honte.

Quatrième point.
Le quatrième point nous enseigne aussi,
Que nul homme à son métier ne sera infidèle;
Aucune erreur il n'entretiendra
Contre le métier, mais y renoncera;
Ni aucun préjudice il causera
A son Maître, ni à son Compagnon;
Et bien que l’Ap'prentis soit tenu au respect,
Il est toutefois soumis à la même loi.

Cinquième point.
Le cinquième point est sans nul doute,
Que lorsque le Maçon prendra sa paie
Du Maître, qui lui est attribué,
Humblement acceptée elle doit être;
Cependant il est juste que le Maître,
L'avertisse dans les formes avant midi,
S'il n'a plus l'intention de l'employer,
Comme il le faisait auparavant;
Contre cet ordre il ne peut se débattre,
S'il réfléchit bien c'est dans son intérêt

Sixième point.
Le sixième point doit être bien connu,
De tous grands et modestes,
Car un tel cas pourrait arriver;
Qu'entre quelques Maçons, sinon tous,
Par envie ou haine mortelle,
S'éclate une grande dispute.
Alors le Maçon doit, s'il le peut,
Convoquer les deux parties un jour fixé;
Mais ce jour-là ils ne feront pas la paix,
Avant la fin de la journée de travail
Un jour de congé vous devez bien pourvoir trouver,
Pour que la dispute ne les empêche de travailler;
Faites en sorte qu'ils en finissent
De manière à ce qu'ils demeurent bien dans la loi de Dieux.

Septième point.
Le septième point pourrait bien dire,
Comment bien longue vie Dieu nous donne,
Ainsi il le reconnaît bien clairement,
Tu ne coucheras pas avec la femme de ton Maître,
Ni de ton Compagnon, en aucune manière,
Sous peine d'encourir le mépris du métier;
Ni avec la concubine de ton Compagnon,
Pas plus que tu ne voudrais qu'il couche avec la tienne.
La peine pour cela qu'on le sache bien,
Est qu'il reste Apprentis sept années pleines,
Celui qui manque à une de ces prescriptions
Alors il doit être châtié;
Car un grand souci pourrait naître,
D'un aussi odieux péché mortel.

Huitième point.
Le huitième point est, assurément,
Si tu as reçu quelque charge,
A ton Maître reste fidèlement soumis,
Car ce point jamais tu ne le regretteras;
Un fidèle médiateur tu dois être,
Entre ton Maître et tes Compagnons libres;
Fais loyalement tout ce que tu peux,
Envers les deux parties, et cela est bonne justice.

Neuvième point.
Le neuvième point s'adresse à celui,
Qui est l'intendant de notre salle,
Si vous vous trouvez en chambre ensemble,
Servez vous l'un l'autre avec calme gaieté;
Gentils Compagnons, vous devez le savoir,
Vous devez être intendant chacun à votre tour,
Semaine après semaine sans aucun doute,
Tous doivent être intendant à leur tour,
Pour servir les uns et les autres aimablement,
Comme s'ils étaient sœur et frère;
Nul ne se permettra aux frais d'un autre
De se libérer pour son avantage,
Mais chaque homme aura la même liberté
Dans cette charge, comme il se doit;
Veille à bien payer tout homme toujours,
A qui tu as acheté des victuailles,
Afin qu'on ne te fasse aucune réclamation,
Ni à tes Compagnons à aucun titre,
A tout homme ou femme, qui que ce soit,
Paies les bien et honnêtement, nous le voulons;
A ton Compagnon tu en rendras compte exacte,
De ce bon paiement que tu as fait,
De peur de le mettre dans l'embarras,
Et de l'exposer à un grand blâme.
Toutefois bons comptes il doit tenir
De tous les biens qu'il aura acquis,
Des dépenses que tu auras fait sur le bien de tes Compagnons,
Du lieu, des circonstances et de l'usage;
De tels comptes tu dois rendre,
Lorsque tes Compagnons te les demandent.

Dixième point.
Le dixième point montre la bien bonne vie,
Comment vivre sans souci ni dispute;
Si le Maçon mène une vie mauvaise,
Et dans son travail il est malhonnête,
Et se cherche une mauvaise excuse
Il pourra diffamer ses Compagnons injustement,
Par de telles calomnies infâmes
Attirer le blâme sur le métier.
S'il déshonore ainsi le métier,
Vous ne devez alors lui faire aucune faveur,
Ni le maintenir dans sa mauvaise vie,
De peur que cela ne tourne en tracas et conflit;
Mais ne lui laissez aucun sursis,
Jusqu'à ce que vous l'ayez constraint,
A comparaître où bon vous semble,
Où vous voudrez, de gré ou de force,
A la prochaine assemblée vous le convoquerez,
A comparaître devant tout ses Compagnons,
Et s'il refuse de paraître devant eux,
Il lui faudrait renoncer au métier;
Il sera alors puni selon la loi
Qui fut établie dans les temps anciens.

Onzième point.
Le onzième point est de bonne discrétion,
Comme vous pouvez le comprendre par bonne raison;
Un Maçon qui connaît bien son métier,
Qui voit son Compagnon tailler une pierre,
Et qu'il est sur le point d'abîmer cette pierre,
Reprends-la aussitôt si tu le peux,
Et montre-lui comment la corriger,
Pour que l'œuvre du seigneur ne soit pas abîmé,
Et montre-lui avec douceur comment la corriger,
Avec de bonnes paroles, que Dieu te prête;
Pour l'amour de celui que siège là-haut,
Avec de douces paroles nourris son amitié.

Douzième point.
Le douzième point est d'une grande autorité,
Là où l'assemblée se tiendra,
Il y aura des Maîtres et des Compagnons aussi,
Et d'autres grands seigneurs en grand nombre;
Il y aura le shérif de cette contrée,
Et aussi le maire de cette cité,
Il y aura des chevaliers et des écuyers,
Et aussi des échevins, comme vous le verrez;
Toutes les ordonnances qu'ils prendrons là,
Ils s'accorderont pour les faire respecter,
Contre tout homme, quel qu'il soit,
Qui appartient au métier beau et libre.
S'il fait quelque querelle contre eux,
Il sera arrêté et tenu sous garde.

Treizième point.
Le treizième point requiert toute notre volonté,
Il jurera de ne jamais voler,
Ni d'aider celui dans cette mauvaise profession,
Pour aucune part de son butin,
Et tu dois le savoir ou alors pécher,
Ni pour son bien, ni pour sa famille.

Quatorzième point.
Le quatorzième point est excellente loi
Pour celui qui sera sous la crainte;
Un bon et vrai serment il doit prêter là,
A son Maître et ses Compagnons qui sont là;
Il doit être constant et fidèle aussi
A toutes ces ordonnances, où qu'il aille,
Et a son seigneur lige le roi,
De lui être fidèle par-dessus tout.
Et tous ces points ci-dessus
A eux tu dois être assermenté,
Et tous prêteront le même serment
Des Maçons, de gré ou de force.
A tous ces points ci-dessus,
Ainsi que l'a établi une excellente tradition.
Et ils enquêteront sur chaque homme
S'il les met en pratique de son mieux,
Si un homme est reconnu coupable
Sur l'un de ces points en particulier;
Qu'on le recherche, quel qu'il soit,
Et qu'il soit amené devant l'assemblée.

Quinzième point.
Le quinzième point est excellente tradition,
Pour ceux qui auront à prêter serment,
Cette ordonnance qui fut arrêtée par l'assemblée
De grands seigneurs et Maîtres dont on a parlé;
Pour ceux qui sont désobéissants, je sais,
A la présente constitution,
De ces articles qui y furent édictés,
Par de grands seigneurs et Maçons ensemble,
Et si leurs fautes sont mises au jour
Devant cette assemblée, tantôt,
Et s'ils ne veulent pas s'en corriger,
Alors ils doivent abandonner le métier;
Et au métier ils devront renoncer,
Et jurer de ne plus jamais l'exercer.
Sauf s'ils acceptent de s'amender,
Ils n'auront plus jamais part au métier;
Et s'ils refusaient de faire ainsi,
Le shérif se saisira d'eux sans délai,
Et les mettra dans un profond cachot,
A cause de leur transgression,
Il confisquera leurs biens et leur bétail
Au profit du roi, en totalité,
Et les y laissera aussi longtemps,
Qu'il plaira à notre lige le roi.

Autre ordonnance de l'art de géométrie.
Ils ordonnèrent qu'une assemblée se tiendrait,
Chaque année, là où ils le voudraient,
Pour rectifier les erreurs, s'il s'en trouvaient
Dans le métier par tout les pays;
Chaque année ou trois années elle se tiendrait,
A un lieu qu'il leur semblerait bon;
Date et lieu doivent être établi aussi,
A quelque endroit qu'ils se rassembleront,
Tous les hommes du métier doivent y être,
Et d'autres grands seigneurs, comme vous voyez,
Pour corriger les fautes qui y seront évoquées,
Si quelques points sont enfreints.
Là ils prêteront tous serment,
Ceux qui adhèrent à la tradition du métier,
De respecter chacun des statuts
Qui furent ordonnés par le Roi Athelstane;
Ces statuts que j'ai ici trouvés
J'ordonne qu'ils soient respectés à travers mon domaine,
Par respect pour ma royauté,
Qui s'attache à ma dignité,
Aussi à chaque assemblée que vous tiendrez,
Approchez-vous de votre lige roi avec témérité,
Pour solliciter de sa grâce,
D'être avec vous en tout lieu,
Afin de confirmer les statuts du Roi Athelstane,
Qui les ordonna pour ce métier avec juste raison.


L'art des quatre couronnés.
Prions maintenant Dieu tout-puissant,
Et sa mère la radieuse Marie,
Afin que nous puissions garder ces articles,
Et les points tous ensembles,
Comme le firent ces quatre saints martyres,
Qui dans ce métier furent tenus en grand honneur,
Ils étaient aussi bons Maçons qu'on puisse trouver sur la terre,
Sculpteurs et imagiers ils étaient aussi,
Car c'étaient des ouvriers d'élite,
L'empereur les tenait en grande estime;
Il désira qu'ils fassent une statue
Qu'on vénérera en son honneur;
En son temps il possédait de tels monuments,
Pour détourner le peuple de la loi du Christ.
Mais eux demeuraient ferme dans la loi du Christ,
Et dans leur métier sans compromis;
Ils aimaient bien Dieu et tout son enseignement,
Et s'étaient voués à son service pour toujours.
En ce temps là ils furent des hommes de vérité,
Et vécurent droitement dans la loi de Dieu;
Ils n'entendaient pas de fabriquer des idoles,
Quelque bénéfices qu'ils puissent en retirer,
Ni prendre cette idole pour leur Dieu,
Ils refusèrent de le faire, malgré sa colère;
Car ils ne voulaient pas renier leur vraie foi,
Et croire à sa fausse loi,
L'empereur les fit arrêter sans délai,
Et les mit dans un profond cachot;
Plus cruellement il les y punissait,
Plus ils se réjouissaient dans la grâce de Dieu,
Alors quand il vit qu'il ne pouvait plus rien,
Il les laissait alors aller à la mort;
Celui qui voudra, trouvera dans le livre
De la légende des saints,
Les noms des quatre couronnés.
Leur fête est bien connu,
Le huitième jour après la Toussaint.
Ecoutez ce que j'ai lu,
Que beaucoup d'années après, à grand effroi
Le déluge de Noë eut déferlé,
La tour de Babel fut commencée,
Le plus gros ouvrage de chaux et de pierre,
Que jamais homme ait pu voir;
Si long et si large on l'entreprit,
Que sa hauteur jeta sept miles d'ombre,
Le Roi Nabuchodonosor le fit construire
Aussi puissant pour la défense des hommes,
Que si un tel déluge surviendrait,
Il ne pourrait submerger l'ouvrage;
Parce qu'ils avaient un orgueil si fier, avec grande
vantardise
Tout ce travail fut ainsi perdu;
Un ange les frappa en diversifiant leurs langues,
Si bien qu'ils ne se comprenaient plus jamais
l'un l'autre.
Bien des années plus tard, le bon clerc Euclide
Enseigna le métier de géométrie partout autour,
Et il fit en ce temps-là aussi,
Divers métiers en grand nombre.
Par la haute grâce du Christ au ciel,
Il fonda les sept sciences;
Grammaire est la première, je le sais,
Dialectique la seconde, je m'en félicite,
Rhétorique la troisième sans conteste,
Musique la quatrième, je vous le dis,
Astronomie est la cinquième, par ma barbe,
Arithmétique la sixième, sans aucun doute,
Géométrie la septième, clôt la liste,
Car elle est humble et courtoise,
En vérité, la grammaire est la racine,
Chacun l'apprend par le livre;
Mais l'art dépasse ce niveau,
Comme le fruit de l'arbre vaut plus que la racine;
La Rhétorique mesure un langage soigné,
Et la Musique est un chant suave;
L'Astronomie dénombre, mon cher frère,
L'Arithmétique montre qu'une chose est égale à une autre,
La Géométrie est la septième science,
Qui distingue le vrai du faux, je sais
Que ce sont les sept sciences,
Celui qui s'en sert bien peut gagner le ciel.
Maintenant mes chers enfants, ayez bon esprit
Pour laisser de côté orgueil et convoitise,
Et appliquez-vous à bien juger,
Et à bien vous conduire, où que vous alliez.
Maintenant je vous prie d'être bien attentifs,
Car ceci vous devez savoir,
Mais vous devez en savoir bien plus encore,
Que ce que vous trouvez écrit ici.
Si l'intelligence te fait défaut pour cela,
Prie Dieu de te l'envoyer;
Car le Christ lui-même nous l'enseigne
Que la sainte église est la maison de Dieu,
Elle n'est faite pour rien d'autre
Que pour y prier, comme nous le dit l'Ecriture,
Là le peuple doit se rassembler,
Pour prier et pour pleurer leurs péchés.
Veille à ne pas arriver à l'église en retard,
Pour avoir tenu des propos paillards à la porte;
Alors quand tu es en route vers l'église,
Aie bien en tête à tout instant
De vénérer ton seigneur Dieu jour et nuit,
De tout ton esprit et de toute ta force.
En arrivant à la porte de l'église
Tu prendras un peu de cette eau bénite,
Car chaque goutte que tu toucheras,
Effacera un péché véniel, sois-en sûr.
Mais d'abord tu dois ôter ton capuchon,
Pour l'amour de celui qui est mort sur la croix.
Quand tu entreras dans l'église,
Elève ton coeur vers le Christ, aussitôt;
Lève alors les yeux vers la croix,
Et agenouille-toi bien à deux genoux,
Puis prie-le alors de t'aider à oeuvrer,
Selon la loi de la sainte église,
A garder les dix commandements,
Que Dieu donna à tous les hommes;
Et prie-le d'une voix douce
De te garder des sept péchés,
Afin que tu puisse ici, dans cette vie,
Te garder loin des soucis et des querelles;
Et que de plus il t'accorde la grâce,
Pour trouver une place dans la béatitude du ciel.
Dans la sainte église abandonne des paroles frivoles
De langage lascive et plaisanteries obscènes,
Et mets de côté toute vanité,
Et dis ton pater noster et ton ave;
Veille aussi à ne pas faire de bruit,
Mais sois toujours dans tes prières;
Si tu ne veux pas prier toi-même,
Ne gêne aucun autre en aucune manière.
En ce lieu ne te tiens ni assis ni debout,
Mais agenouille toi bien sur le sol,
Et quand je lirai l'Evangile,
Lève toi bien droit sans t'appuyer au mur,
Et signe-toi si tu sais le faire,
Quand on entonne le gloria tibi;
Et quand l'évangile est fini,
A nouveau tu peux t'agenouiller,
Sur tes deux genoux tu tomberas,
Pour l'amour de celui qui nous a tous rachetés;
Et quand tu entends sonner la cloche
Qui annonce le saint sacrement,
Vous devez vous agenouiller tous jeunes et vieux,
Et lever vos deux mains au ciel,
Pour dire alors dans cette attitude,
A voix basse et sans faire de bruit;
"Seigneur Jésus sois le bienvenu,
En forme de pain comme je te vois,
Désormais Jésus par ton saint nom,
Protège-moi du péché et de la honte;
Accorde-moi l'absolution et la communion,
Avant que je m'en aille d'ici,
Et sincère repentir de mes péchés,
Afin, Seigneur, que je ne meure jamais dans cet état;
Et toi qui est né d'une vierge,
Ne souffre pas que je sois jamais perdu;
Mais quand je m'en irai de ce monde,
Accorde-moi la béatitude sans fin;
Amen! Amen! Ainsi soit-il!
A présent douce dame priez pour moi."

Voici ce que tu dois dire, ou une chose semblable,
Quand tu t'agenouilles devant le sacrement.
Si tu cherches ton bien, n'épargne rien
Pour vénérer celui qui a tout créé;
Car c'est pour un homme un jour de joie,
Qui une fois ce jour-là a pu le voir;
C'est une chose si précieuse, en vérité,
Que nul ne peut en dire le prix;
Mais cette vision fait tant de bien,
Comme Saint Augustin le dit très justement,
Ce jour où tu vois le corps de Dieu,
Tu posséderas ces choses en toute sécurité:-
A manger et à boire à suffisance,
Rien ce jour-là ne te manquera;
Les jurons et vaines paroles,
Dieu te les pardonnera aussi;
La mort subite ce même jour
Tu n'as nullement à la craindre;
Et aussi ce jour-là, je te le promets,
Tu ne perdras pas la vue;
Et chaque pas que tu fais alors,
Pour voir cette sainte vision,
Sera compté en ta faveur,
Quand tu en auras grand besoin;
Ce messager qu'est l'ange Gabriel,
Les conservera exactement.
Après cela je peux passer maintenant,
A parler à d'autres bienfaits de la messe;
Viens donc à l'église, si tu peux,
Et entends la messe chaque jour;
Si tu ne peux pas venir à l'église,
Où que tu travailles,
Quand tu entends sonner la messe,
Prie Dieu dans le silence de ton coeur,
De te donner part à ce service,
Que l'on célèbre dans l'église,
Je vous enseignera encore
Et à vos Compagnons, apprenez ceci,
Quand tu te présenteras devant un seigneur,
Dans un manoir, un bosquet, ou à table,
Capuchon ou bonnet tu dois ôter,
Avant d'être près de lui;
Deux ou trois fois, sans nul doute,
Devant ce seigneur tu dois t'incliner;
Tu fléchiras le genou droit,
Tu auras ainsi l'honneur sauf.
Ne remets pas ton bonnet ou capuchon,
Jusqu'à ce que tu en auras la permission.
Tout le temps que tu parleras avec lui,
Tiens le menton haut avec franchise et amabilité;
Ainsi, comme le livre te l'enseigne,
Regardes-le en face avec amabilité.
Tes pieds et mains tiens les tranquilles,
Sans te gratter ni trébucher, sois habile;
Evite aussi de cracher et de te moucher,
Attends pour cela d'être seul,
Et si tu veux être sage et discret,
Tu as grand besoin de bien te contrôler.
Lorsque tu entres dans la salle,
Parmi les gens bien nés, bons et courtois,
Ne présume pas trop de grandeur pour rien,
Ni de ta naissance, ni de ton savoir,
Ne t'assieds pas et ne t'appuie pas,
C'est le signe d'une éducation bonne et propre.
Ne te laisse donc pas aller dans ta conduite,
En vérité la bonne éducation sauvera ta situation.
Père et mère, quels qu'ils soient,
Digne est l'enfant qui agit dignement,
En salle, en chambre, où que tu ailles;
Les bonnes manières font l'homme.
Fait attention au rang de ton prochain,
Pour leur rendre la révérence qui convient;
Evite de les saluer tous à la fois,
Sauf si tu les connais.
Quand tu es assis à table,
Mange avec grâce et bienséance;
Veille d'abord que tes mains soient propres,
Et que ton couteau soit tranchant et bien aiguisé,
Et ne coupe ton pain pour la viande,
Qu'autant que tu en mangeras,
Si tu es assis a côté d'un homme de rang supérieur,
Que le tien,
Laisse-le se servir d'abord de la viande,
Avant d'y toucher toi-même.
Ne pique pas le meilleur morceau,
Même s'il te fait grande envie;
Garde tes mains nettes et propres,
Pour ne pas souiller ta serviette;
Ne t'en sers pas pour te moucher,
Et ne te cure pas les dents à table;
Ne plonge pas trop tes lèvres dans la coupe,
Même si tu as grande envie de boire,
Cela te ferait larmoyer,
Ce qui serait alors discourtois.
Veille à ne pas avoir la bouche pleine,
Quand tu te mets à boire ou à parler.
Si tu vois un homme qui boit,
Tout en écoutant tes propos,
Interromps aussitôt ton histoire,
Qu'il boive du vin ou de la bière,
Veille aussi à n'offenser aucun homme,
Si bien parti que tu le voies;
Et ne médis de personne,
Si tu veux sauver ton honneur;
Car de tels mots pourraient t'échapper,
Qui te mettraient dans une situation gênante.
Retiens ta main dans ton poing,
Pour ne pas avoir à dire "si j'avais su."
Tiens ta langue et sois tout yeux;
Ne ris pas aux grands éclats,
Ne chahute pas comme un ribaud.
Ne badine qu'avec tes pairs,
Et ne répète pas tous ce que tu entends;
Ne proclame pas tes propres actions;
Par plaisanterie ou par intérêt;
Par de beaux discours tu peux réaliser tes désirs,
Mais tu peux par là aussi te perdre.
Quand tu rencontres un homme de valeur,
Tu ne dois pas garder bonnet et capuchon;
A l'église, au marché, ou au portail,
Salue le selon son rang.
Si tu marches avec un homme d'un rang
Supérieur au tien,
Reste en retrait de lui d'une épaule,
Car cela est bonne éducation sans défaut;
Lorsqu'il parle, tiens-toi tranquille,
Quand il a fini, dis ce que tu veux,
Dans tes paroles sois discret,
Et à ce que tu dis fais bien attention;
Mais n'interrompe pas son histoire,
Qu'il en soit au vin ou à la bière.
Que le Christ alors par sa grâce céleste,
Vous donne et l'esprit et le temps,
Pour bien comprendre et lire ce livre,
Afin d'obtenir le ciel en récompense.
Amen! Amen! Ainsi soit-il!

Disons nous tous par charité.

 

LES CONSTITUTIONS D’ANDERSON -1722

Les Anciennes Obligations des MAÇONS FRANCS ET ACCEPTES
I - Concernant D’IEU et la RELIGION
II - Du MAGISTRAT CIVIL Suprême et Subordonné
III - Des LOGES
IV - Des MAITRES, Surveillants, Compagnons et Apprentis
V - De la Direction du MÉTIER pendant le travail
VI - De la CONDUITE

Recueillies par l'auteur dans leurs anciennes archives, sur l'ordre du Grand Maître, l'actuel Duc de Montaigu. Approuvées par la Grande Loge et imprimées par ordre dans la première Édition du Livre des Constitutions, le 25 mars 1722.

I. Concernant D’ieu et la Religion

Un Maçon est obligé par sa tenure d'obéir à la Loi morale et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin irreligieux.
Mais, quoique dans les temps anciens les Maçons fussent astreints dans chaque pays d'appartenir à la religion de ce pays ou de cette nation, quelle qu'elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de, les soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des hommes bons et loyaux ou hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances qui puissent les distinguer; ainsi, la Maçonnerie devient le centre d'union et le moyen de nouer une véritable amitié parmi des personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement éloignées.

II. Du Magistrat Civil Suprême et Subordonné

Un Maçon est un paisible sujet à l'égard des Pouvoirs civils, en quelque lieu qu'il réside ou travaille, et ne doit jamais être mêlé aux complots et conspirations contre la paix et le bien-être de la Nation, ni manquer à ses devoirs envers les magistrats inférieurs; car la Maçonnerie a toujours pâti de la guerre, de l'effusion de sang et du désordre; aussi les anciens Rois et Princes ont toujours été fort disposés à encourager les Frères, en raison de leur caractère pacifique et de leur loyauté par lesquelles ils répondaient en fait aux chicanes de leurs adversaires et défendaient l'honneur de la fraternité qui fut toujours florissante dans les périodes de paix.
Aussi, si un Frère devenait Rebelle envers l'État, il ne devrait pas être soutenu dans sa Rébellion, quelle que soit la pitié que puisse inspirer son infortune; et s'il n'est convaincu d'aucun autre Crime, bien que la loyale Confrérie ait le devoir et l'obligation de désavouer sa Rébellion, pour ne provoquer aucune Inquiétude ni Suspicion politique de la part du Gouvernement au pouvoir, il ne peut pas être chassé de la Loge et ses relations avec elle demeurent indissolubles.


III. Des Loges

Une Loge est un lieu où des Maçons s'assemblent pour travailler : d'où le nom de Loge qui est donné à l'Assemblée ou à la société de Maçons régulièrement organisée, et l'obligation pour chaque Frère d'appartenir à l'une d'elles et de se soumettre à ses Règlements Particuliers ainsi qu'aux Règlements Généraux. La Loge est soit particulière, soit générale et plus on la fréquente, mieux on la comprend, de même que les Règlements de la Loge générale ou Grande Loge annexés ci- après.
Dans les Temps anciens, aucun Maître ou Compagnon ne pouvait s'en absenter, spécialement lorsqu'il y avait été convoqué, sans encourir une sévère censure à moins que le Maître ou les Surveillants n'aient constaté qu'il en avait été empêché par une impérieuse nécessité. Les Personnes admises comme membres d'une Loge doivent être des Hommes bons et loyaux, nés libres, ayant l'âge de la maturité d'esprit et de la prudence, ni serfs ni femmes ni hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation.


IV. Des Maîtres, Surveillants, Compagnons et Apprentis

Toute promotion parmi les Maîtres Maçons est fondée uniquement sur la valeur réelle et sur le mérite personnel ; afin que les Seigneurs puissent être bien servis, que les Frères ne soient pas exposés à l'humiliation et que l'Art Royal ne soit point décrié : pour cela aucun Maître ou Surveillant n'est choisi à l'ancienneté, mais bien pour son mérite. Il est impossible de dépeindre ces choses par écrit, chaque Frère doit rester à sa propre place et les étudier selon les méthodes particulières de cette Confrérie. Tout ce que les candidats peuvent savoir c'est qu'aucun Maître n'a le droit de prendre un Apprenti s'il n'a pas un travail suffisant à lui fournir et s'il n'est pas un jeune homme parfait ne souffrant d'aucune mutilation ou tare physique qui puisse l'empêcher d'apprendre l'Art et de servir le Seigneur de son Maître et de devenir un Frère, puis un Compagnon en temps voulu après avoir durant le nombre d'années fixé par la coutume du pays; et s'il n'est issu de parents honnêtes; ceci afin qu'après avoir acquis les qualités requises il puisse parvenir à l'honneur d'être le Surveillant, puis le Maître de la Loge, le Grand Surveillant et enfin, selon son Mérite, le Grand Maître de toutes les Loges.
Nul Frère ne peut être Surveillant avant d'avoir passé le degré de Compagnon; ni Maître avant d'avoir occupé les fonctions de Surveillant; ni Grand Surveillant avant d'avoir été Maître d'une Loge, ni Grand Maître s'il n'a pas été Compagnon avant son Election. Celui-ci doit être, en outre, de noble naissance ou GENTILHOMME de bonnes Manières ou quelque SAVANT éminent ou quelque ARCHITECTE distingué ou quelque autre HOMME DE L'ART d'une honnête ascendance et jouissant d'une grande Estime personnelle dans l'Opinion des Loges. Et afin de pouvoir s'acquitter le plus utilement, le plus aisément et le plus honorablement de son Office, le Grand Maître détient le pouvoir de choisir son propre Député Grand Maître qui doit être alors ou avoir été précédemment le Maître d'une Loge particulière et qui a le Privilège d'agir comme le ferait le Grand Maître lui-même, son Commettant, sauf quand le dit Commettant est présent ou qu'il manifeste son Autorité par une Lettre.
Ces Administrateurs et Gouverneurs, supérieurs et subalternes de la Loge ancienne, doivent être obéis dans leurs Fonctions respectives par tous les Frères, conformément aux Anciennes Obligations et Règlements, en toute Humilité, Révérence, Amour et Diligence.


V. De la Direction du Métier pendant le Travail

Tous les Maçons travailleront honnêtement pendant les jours ouvrables afin de profiter honorablement des jours de fête; et l'horaire prescrit par la loi du pays ou fixé par la coutume sera respecté. Le Compagnon Maçon le plus expert sera choisi ou délégué en qualité de Maître ou Surintendant des travaux du Seigneur; ceux qui travaillent sous ses ordre l'appelleront Maître. Les ouvriers doivent éviter tout Langage déplacé, et ne point se donner entre eux de sobriquets désobligeants, mais s'appeler Frère ou Compagnon; et se conduire avec courtoisie à l'intérieur de la Loge.
Le Maître, confiant en son habileté, entreprendra les travaux du Seigneur aussi raisonnablement que possible et tirera parti des matériaux comme s'ils étaient à lui, ne donnant à aucun Frère ou Apprenti plus que le salaire qu'il mérite vraiment.
Le Maître et les Maçons recevant chacun leur juste salaire seront fidèles au Seigneur et achèveront leur travail consciencieusement, qu'il soit à la tâche ou à la journée; et ils n'effectueront pas à la tâche l'ouvrage qu'on a l'habitude de faire à temps.
Nul ne se montrera envieux de la prospérité d'un Frère ni ne le supplantera, ni ne l'écartera de son travail s'il est capable de le mener à bien; car personne ne peut achever le travail d'autrui, à l'avantage du Seigneur, sans être parfaitement au courant des projets et conceptions de celui qui l'a commencé. Quand un Compagnon Maçon est désigné comme Surveillant des travaux sous la conduite du Maître, il sera équitable tant à l'égard du Maître que des Compagnons, surveillera avec soin le travail en l'absence du Maître dans l'intérêt du Seigneur; et ses Frères lui obéiront.
Tous les Maçons employés recevront leur salaire uniment, sans murmure ni révolte, et ne quitteront pas le Maître avant l'achèvement du Travail.
On instruira un Frère plus jeune dans le travail pour que les Matériaux ne soient point gâchés par manque d'expérience et pour accroître et consolider l'amour fraternel.
On n'utilisera dans le travail que les Outils approuvés par la Grande Loge.
Aucun Manoeuvre ne sera employé aux travaux propres à la Maçonnerie; et les Francs-Maçons ne travailleront pas avec ceux qui ne sont pas francs, sauf nécessité impérieuse; et ils n'instruiront ni les manoeuvres ni les Maçons non acceptés, comme ils instruiraient un Frère ou un Compagnon.


VI. De la Conduite

I. Dans la Loge quand elle est constituée.
Vous ne devez pas tenir de Réunions privées, ni de Conversations à part sans Autorisation du Maître, ni parler de choses inopportunes ou inconvenantes; ni interrompre le Maître, ou les Surveillants ni aucun Frère parlant au Maître: ne vous conduisez pas non plus de manière ridicule ou bouffonne quand la Loge traite de choses sérieuses et solennelles; et sous aucun prétexte n'usez d'un Langage malséant; mais manifestez à votre Maître, à vos Surveillants et à vos Compagnons la déférence qui leur est due et entourez-les de respect.
Si quelque plainte est déposée, le Frère reconnu s'inclinera devant le jugement et la décision de la Loge, qui est le seul juge compétent pour tous ces différents (sous réserve d'Appel devant la Grande Loge), et c'est à elle qu'il doit être déféré, à moins que le travail d'un Seigneur ne risque d'en souffrir, dans lequel cas il serait possible de recourir à une procédure particulière; mais les affaires maçonniques ne doivent jamais être portées en Justice, à moins d'absolue nécessité dûment constatée par la Loge.

2. Conduite après fermeture de la Loges et avant le départ des Frères.
Vous pouvez jouir d'innocents plaisirs, vous traitant réciproquement suivant vos moyens, mais en évitant tout excès et en n'incitant pas un Frère à manger ou à boire plus qu'il n'en a envie, en ne le retenant pas lorsque ses affaires l'appellent, en ne disant et en ne faisant rien d'offensant ou qui puisse interdire une conversation aisée et libre; car cela détruirait notre harmonie, et ruinerait nos louables desseins. C'est pourquoi aucune brouille ni querelle privée ne doit passer le seuil de la Loge, et moins encore quelque querelle à propos de la religion, des nations ou de la politique car comme Maçons nous sommes seulement de la Religion Catholique mentionnée ci-dessus; nous sommes aussi de toutes nations, idiomes, races et langages et nous sommes résolument contre toute poltique comme n'ayant jamais contribué et ne pouvant jamais contribuer au bien-être de la Loge. Cette obligation a toujours été strictement prescrite et respectée; surtout depuis la Réforme en Grande-Bretagne, ou la séparation et la sécession de ces nations de la communion de Rome.

3. Conduite quand les Frères se rencontrent sans présence étrangère mais hors d'une Loge constituée.
Vous devez vous saluer réciproquement de manière courtoise, comme on vous l'enseignera, vous appelant mutuellement Frère, échangeant librement les Instructions que vous jugerez utiles, sans être vus ni entendus, sans prendre le pas l'un sur l'autre, ni manquer aux marque de respect qui seraient dues à un Frère, s'il n'était pas Maçon: car quoique les Maçons en tant que Frères soient tous sur un pied d'égalité, la Maçonnerie ne prive pas un homme des honneurs auxquels il avait droit auparavant; bien au contraire, elle ajoute à ces honneurs, spécialement lorsqu'il a bien mérité de la fraternité qui se plaît à honorer ceux qui le méritent et à proscrire les mauvaises manières.

4. Conduite en présence d'étrangers non Maçons.
Vous serez circonspects dans vos propos et dans votre comportement, pour que l'étranger le plus perspicace ne puisse découvrir ni deviner ce qu'il ne doit pas connaître, et vous aurez parfois à détourner la conversation et à la conduire prudemment pour l'honneur de la vénérable fraternité.

5. Conduite chez vous et dans votre entourage.
Vous devez agir comme il convient à un homme sage et de bonnes moeurs; en particulier n'entretenez pas votre famille, vos amis et voisins des affaires de la Loge, etc., mais soyez particulièrement soucieux de votre propre honneur, et de celui de l'ancienne fraternité, ceci pour des raisons qui n'ont pas à être énoncées ici. Ménagez aussi votre santé en ne restant pas trop tard ensemble ou trop longtemps dehors, après les heures de réunion de la Loge; et en évitant les excès de chair ou de boisson, afin que vos familles ne souffrent ni désaffection ni dommage, et que vous-même ne perdiez pas votre capacité de travail.

6. Conduite envers un Frère étranger.
Vous devez l'éprouver consciencieusement de la manière que la prudence vous inspirera, afin de ne pas vous en laisser imposer par un imposteur ignorant, que vous devez repousser avec mépris et dérision, en vous gardant de lui dévoiler la moindre connaissance.
Mais si vous le reconnaissez comme un Frère authentique et sincère, vous devez lui prodiguer le respect qu'il mérite; et s'il est dans le besoin, vous devez le secourir si vous le pouvez, ou lui indiquer comment il peut être secouru: vous devez l'employer pendant quelques jours ou le recommander pour qu'on l'emploie.
Vous n'êtes pas obligé de faire plus que vos moyens ne vous le permettent mais seulement dans des circonstances identiques, de donner la préférence à un Frère pauvre, qui est un homme bon et honnête, avant toute autre personne dans le besoin.
Enfin, toutes ces obligations doivent être observées par vous, de même que celles qui vous seront communiquées d'autre manière; cultivez l'amour fraternel, fondement et clé de voûte, ciment et gloire de cette ancienne Fraternité, repoussez toute dispute et querelle, toute calomnie et médisance, ne permettez pas qu'un Frère honnête soit calomnié, mais défendez sa réputation, et fournissez-lui tous les services que vous pourrez, pour autant que cela soit compatible avec votre honneur et votre sûreté, et pas au-delà. Et si l'un d'eux vous fait tort, vous devez recourir à votre propre Loge ou à la sienne, ensuite vous pouvez en appeler à la Grande Loge en Assemblée Trimestrielle, et ensuite à la Grande Loge annuelle, selon l'ancienne et louable coutume de nos ancêtres dans chaque nation; n'ayez jamais recours à un procès en Justice sinon quand l'Affaire ne peut pas être tranchée autrement, et écoutez patiemment les conseils du Maître et des Compagnons lorsqu'ils veulent vous éviter de comparaître en justice avec des profanes ou vous inciter à mettre un terme rapide à toutes procédures, ceci afin que vous puissiez vous occuper des affaires de la Maçonnerie avec plus d'alacrité et de succès; mais en ce qui concerne les Frères ou Compagnons en procès, le Maître et les Frères doivent offrir bénévolement leur médiation, à laquelle les Frères en opposition doivent se soumettre avec gratitude; et si cet arbitrage s'avère impraticable, ils doivent alors poursuivre leur procès ou procédure légale, sans aigreur ni rancune (contrairement à l'ordinaire) en ne disant et en ne faisant rien qui puisse altérer l'amour fraternel, et les bonnes relations doivent être renouées et poursuivies; afin que tous puissent constater l'Influence bienfaisante de la Maçonnerie, ainsi que tous les vrais Maçons l'ont fait depuis le commencement du monde et le feront jusqu'à la fin des temps.

Amen. Ainsi soit-il.